Livre Littérature Germanophone Livre.gif (217 octets)



-
dictées
-
littérature
- listes
- liens recommandés


Papillon.gif (252 octets)

-> retour
Littérature germanophone
<-


Autre littérature :

Littérature japonaise

retour
page d'accueil

 


Christoph RANSMAYR
(Wels, Autriche, 20/03/1954 - )

 
christoph ransmayr

 

Christoph Ransmayr est né à Wels, en Autriche. De 1972 à 1978 il étudie la philosophie et l’ethnologie à Vienne. Il travaille ensuite comme rédacteur culturel pour le journal Extrablatt de 1978 à 1982, publiant également des articles et essais dans diverses revues.
À partir de 1982 il se consacre entièrement à la littérature. Après la publication de son roman Die letzte Welt (Le Dernier des mondes) en 1988, il voyage beaucoup en Irlande, en Asie et en Amérique du Nord et du Sud. En 1994 il s’installe en Irlande, puis retourne vivre à Vienne en 2006.
Il a obtenu le prix Bertolt Brecht en 2004." (d'après Wikipedia)

 

la montagne volante

- La Montagne Volante(der fliegende Berg, 2006). 376 pages. Traduit de l'allemand en 2008 par Bernard Kreiss. Le Livre de Poche.

Le livre commence par une note en marge.
"Depuis que la plupart des poètes ont pris congé de la langue versifiée et recourent, à la place des vers, à des rythmes libres et à une phrase flottante articulée en strophes, le malentendu s'est fait jour ici et là, qui veut que tout texte constitué de phrases flottantes, donc de lignes d'inégales longueurs, relève de la poésie. C'est faux.
La phrase flottante - ou mieux : la phrase volante - est libre et n'appartient pas seulement aux poètes
".

Ce roman n'est donc pas un texte en vers, ce n'est pas de la poésie non plus.
Il commence ainsi :

"Je suis mort
à 6840 mètres au-dessus du niveau de la mer
le quatre mai de l'année du Cheval."
[...]
La température à l'heure de ma mort
était de moins trente degrés Celsius
et j'ai vu la vapeur
de mon dernier souffle se cristalliser
et disparaître en fumée dans le crépuscule du matin.
[...]
Je mourus très haut au-dessus des nuages
et j'entendis le ressac,
crus sentir l'écume montée des profondeurs
bouillonner autour de moi
et me hisser une nouvelle fois au sommet
qui n'était qu'un roc côtier drapé de neige
avant de sombrer.

[...]" (pages 9-11)

(Il y a, tout au long du livre, un parallèle entre la montagne et la mer.
Déjà, en Irlande :
"En nageant, j'avais parfois la sensation
de voler par-dessus des gouffres,
des vallées, des sommets.
", page 36).

Le narrateur ne meurt donc pas. Il voit son frère agenouillé à côté de lui :
"Son visage, sa cagoule dans la tempête
était une trogne de glace
." (page 13).

Il parviendra à redescendre vivant.
Pas son frère (on le sait dès les premières pages).

Ils sont tous deux parvenus au sommet, vraiment très haut : le ciel noircit. Des étoiles sont visibles en même temps que le soleil.
Lors de l'ascension, à un moment, il y a de la neige noire. Etrange, mais...
"Mais lorsque l'un de ces flocons
se posa sur le gant
encroûté de glace
de mon frère,
un autre sur mon épaule,
sur ma poitrine, mon front,
je vis des antennes !
vis des membres filiformes d'insectes,

des ailes : dans une carapace de givre
qui accentuait et grossissait leurs yeux à facettes,
leur trompe et leurs ailes écailleuses,
des papillons morts tombaient en flocons
sur moi et mon frère
,
un à un pour commencer, puis par centaines
et pour finir, en un essaim tourbillonnant,
obscurcissant le ciel.
" (page 14).

Comment est-ce possible ? Eh bien, déjà auparavant, lorsque cette montagne était encore loin
"nous avions vu
comment l'un de ces essaims de papillons
était saisi par les turbulences de la saison, propulsé
en tourbillon par des colonnes d'air chaud dans les hauteurs,
dans l'invisibilité, dans le froid, dans la mort
avant d'être enfin lâché par le courant ascendant épuisé
et de retomber, blanchi de givre,
en cristaux de neige sur les glaciers.
" (page 18).

Le livre est construit en retours en arrière, retours en avant (si je puis dire), et de nombreuses circonvolutions.
On a un peu tout en même temps, surtout dans la première moitié du livre : la préparation du voyage en Irlande, le voyage lui-même (il faut ruser pour pouvoir aller dans ces contrées pas toujours très ouvertes aux touristes), la jeunesse des deux frères en Irlande, leur vie : l'informatique - atlas numériques, programmes géodésiques, modélisations diverses... - pour l'un, la marine pour l'autre (le narrateur).
La maison qu'ils habitent ensemble un temps, dans une île d'Irlande, est pleine d'écrans et de "calculatrices", terme qui sera quasiment toujours utilisé pour "ordinateur", donnant un petit côté suranné.
Les deux frères - enfin, surtout l'informaticien, qui est le meneur - montent une expédition au Tibet dans le but d'escalader une montagne mystérieuse, immense : Phur-Ri, la Montagne Volante, située près de Cha-Ri, la Montagne aux Oiseaux et de Te-Ri, la Montagne des Nuages.
Le frère du narrateur ne se préoccupe que de ce qui peut lui permettre d'arriver à son but : le sommet de Phur-Ri. Le reste lui importe peu. Il y a donc parfois des frictions entre les deux frères, explicitées avec flash-back sur leur éducation, leur père nationaliste irlandais... On a l'opposition du frère méthodique, fort, mais qui regarde tout à distance (les étoiles, les gens) de façon un peu virtuelle (le narrateur l'appelle parfois "Coeur Froid"), et celui qui s'intéresse aux autres. Les relations entre les deux frères ne sont pas simples, et ne l'ont jamais été. Et la relation entre les deux frères et leur père non plus.

Avec ce livre, le lecteur pénètre dans un monde différent du nôtre, culturellement et "logiquement", si l'on peut dire (la logique fait sans doute partie de la culture).
A un moment, le narrateur voit des signes immenses, comme des marquages pour l'aviation chinoise... mais il s'agit en fait de dessins formés par les hampes des drapeaux de prières, qui servent de clous "[...] des clous avec lesquels les hommes devaient fixer l'ourlet de la montagne,
le clouer afin que la montagne reste auprès d'eux, et ne mette pas à profit les tempêtes, si puissantes que les rochers
eux-mêmes étaient balayés comme flocons de neige,
pour reprendre son essor et se dissiper dans les airs.
" (page 154).

En effet, les montagnes s'envolent parfois. Il faut donc faire attention.

Si le narrateur avait d'abord suspecté les Chinois d'avoir fait des marques immenses pour leur aviation, c'est parce qu'ils n'y vont vraiment pas de main morte avec l'environnement. Le narrateur parle notamment
"des chaînes de collines chauves, essartées,
près de Kangding, un désert défoncé,
clouté jusqu' à l'horizon de moignons d'arbres,
une contrée rase, vide,
naguère ombragée
de cèdres de l'Himalaya et de pins géants.
[...]" (page 219)

Un coup d'oeil sur wikipedia permet d'apprendre que :
"Des zones forestières autrefois verdoyantes comme le Kongpo au sud-est du Tibet, ont été transformées en un paysage lunaire. En 1949, les forêts recouvraient 222 000 km2, soit près de la moitié de la superficie de la France. En 1989, la moitié de la surface de la forêt était rasée. Selon une étude du World Watch Institute datant de 1998, la déforestation atteindrait 85 %. En l’an 2000, on a estimé, que 80 à 90 % des forêts qui protégeaient le sol sur les montagnes en amont du bassin du Yangzé Kiang avaient été détruites. [...]
Le déboisement cause de graves problèmes d'érosion et de glissements de terrain, et représente l'une des causes de l'augmentation du niveau de la vase et du relargage de sédiments des fleuves tels que le Yangzi Jiang ou le fleuve jaune, qui représente 10% du relargage de sédiments dans le monde. Selon certains experts, cités notamment par Tibet Information Network, les effets dépassent maintenant le Tibet et se traduisent par des inondations dévastatrices en Chine continentale, en Inde et au Bangladesh. D'après un rapport publié en 2000 par le ministère de l’information et des relations internationales du gouvernement tibétain en exil, et un rapport du National Center for Atmospheric Research, un institut de recherche américain, et des scientifiques chinois, le gouvernement chinois a reconnu le rôle de cette déforestation massive dans les inondations catastrophiques de 1998, on a recensé entre 3 600 et 10 000 morts, 223 millions de sinistrés et des millions de sans-abris suite aux crues du Yangzi jiang
" (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Tibet).


Il y a de nombreux passages étonnants : les prières écrites sur des milliers de petites pierres qui seront entraînées dans les cours d'eau, jusqu'à la mer, de sorte que "chaque mot / fût maintenu en mouvement, en prière" (page 221), ou encore les prières imprimées sur l'eau... (page 222).

Un roman hors-normes, souvent très beau, parfois un petit peu long (l'histoire - qui est souvent un texte d'adieu au frère disparu - a tendance à faire du sur-place, surtout dans la première moitié).
Mais on s'interroge sur ce qui est vrai, sur ce qui est faux : toutes les anecdotes sont-elles vraies ? Les papillons, les coutumes... ?

Les phrases volantes apportent indéniablement quelque chose, la lecture se fait plus lente et on se pose souvent la question : le texte ferait-il la même impression si les phrases n'avaient pas volé ? Est-ce que l'habitude d'associer ces lignes courtes avec la poésie fait qu'on lit de façon plus attentive encore ?

On peut aussi se demander ce qui pousse les alpinistes à gravir des montagnes. George Mallory (qui a disparu le 8 juin 1924 sur la face nord de l'Everest ; son corps a été retrouvé en 1999), lors d'une conférence à New York, avait "répondu aux journalistes, qui lui demandaient sans relâche pourquoi il voulait escalader le mont Everest, « Parce qu'il est là » (Because it is there). Ce sont les quatre mots les plus célèbres de l'alpinisme." (http://fr.wikipedia.org/wiki/George_Mallory)

 

montagne




- Retour à la page Littérature germanophone -

Toute question, remarque, suggestion est la bienvenue.MAILBOX.GIF (1062 octets)