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Jonas Karlsson

(Salem, Suède 11/03/1971 - )

Jonas Karlsson

"Né en 1971, Jonas Karlsson vit à Stockholm. Comédien, il a joué dans plusieurs longs métrages, dans des séries et s'est affirmé dans de multiples rôles au Théâtre dramatique royal. Il a lui-même écrit plusieurs pièces avant de passer à la fiction en 2007. Son œuvre, essentiellement composée de nouvelles et de récits, a été traduite dans une quinzaine de langues." (Actes Sud).

La PIèce 
Couverture : Julien Pacaud

- La Pièce (Rummet, 2009). Traduit du suédois par Rémi Cassaigne en 2016. Actes Sud. 189 pages.

Le roman commence par un chapitre court, dont voici l'intégralité :
"La première fois que je suis entré dans la pièce, j'ai presque aussitôt fait demi-tour. J'allais aux toilettes et m’étais trompé de porte. J'ai senti un relent de renfermé en ouvrant, mais je ne me souviens pas d’y avoir accordé une attention particulière. Je n'avais pas remarqué quoi que ce soit dans ce couloir, à part les toilettes, avant l’ascenseur. Ah tiens, ai-je pensé. Une pièce.
J’ai ouvert et refermé. Et ça en est resté là.
" (page 7).
Après ce début mystérieux (qu'est-ce donc que cette pièce, qui donnne son titre au roman ?), totalement éventé par quiconque aura lu la quatrième de couverture, qui divulgâche quelque chose comme la moitié du livre, le deuxième chapitre commence en situant notre héros et son travail :
"Deux semaines plus tôt, j’avais pris mon nouveau poste au sein de l’Administration et, à bien des égards, j'étais encore un débutant. J'essayais pourtant de poser le moins de questions possible. Je voulais vite devenir quelqu’un avec qui compter.
Mon travail précédent m’avait habitué à être en tête. Non pas chef, ni même cadre, mais pour­tant parfois capable de recadrer les autres. Pas toujours apprécié, ni lèche-botte, ni boute-en-train, mais considéré et traité avec un cer­tain respect, peut-être même de l’admiration. Un brin d’obsé­quiosité ? J’étais bien décidé à retrouver au plus vite la même position à ce nouveau poste.
" (page 8).
On le cerne vite, ce héros : un type qui ne se prend pas pour rien ("j’étais taraudé par le sentiment de travailler en deçà de mes capacités", page 8) qui se pense intelligent, doué, mais qui, en analysant tout scrupuleusement, logiquement, se trompe dans les grandes largeurs, ce qui est souvent assez cocasse (ou tragique, c'est selon). Psychorigide, certainement, schizophrène, peut-être...
Il n'a pas le temps de s'amuser, de papoter, de s'intéresser aux autres (ou du moins de faire semblant, élément essentiel de toute vie au travail). Tout est calculé. Tout doit être rationnel.
"J'ai développé une stratégie personnelle. Arrivé chaque matin une demi-heure en avance, je suivais tous les jours mon propre emploi du temps : cinquante-cinq minutes de travail intensif, puis cinq minutes de pause. Incluant une ­éventuelle pause pipi. En évitant la socialisation inutile en chemin. Je me suis fait communiquer des décisions-cadres antérieures, que j'ai ramenées chez moi pour y étudier les expressions récurrentes et me constituer pour ainsi dire des éléments de langage. J'ai passé mes soirées et mes week-ends à lire et relire l’organigramme pour identifier les éventuels canaux de communication informels existant au sein du service." (page 10)

Et il s'y tient, à sa stratégie !
"Peu à peu, j'ai trouvé un rythme avec mes périodes de cinquante-cinq minutes, et une cer­taine fluidité dans le travail. Je m'efforçais de m'en tenir à ce planning, sans me laisser déranger au milieu d'une période, que ce soit par les pauses café, les bavardages, les coups de téléphone ou les visites aux toilettes. Parfois, j’avais envie de faire pipi au bout d'à peine cinq minutes, mais je veillais à me retenir jusqu’au bout. Quel baume au cœur que de se forger le caractère, et puis quelle récompense supérieure quand, enfin, on peut relâcher la pression." (page 13).

Et c'est justement en allant aux toilettes qu'il remarque une porte... et qu'il entre dans cette fameuse pièce :
"C’était une pièce assez petite. Une table en plein milieu. Un ordinateur, des classeurs sur une étagère. Des stylos et autres fournitures de bureau. Rien d’extraordinaire. Mais tout en ordre parfait.
Nickel chrome.
Contre l'un des murs, une armoire à documents avec un ventilateur posé dessus. Une moquette vert sombre couvrait tout le sol. Propre. Époussetée. Tout au carré. Ça avait l’air un peu démonstratif. Préparé. Comme si la pièce attendait quelqu’un.
" (page 16).

Il s'y sent bien, dans cette pièce... Le voici qui se regarde dans un miroir en pied qui se trouve là :
"L'homme que j’avais en face de moi dans le miroir avait une façon de regarder incroyablement concentrée. Ses pupilles clouées sur moi, il me suivait où que j'aille. J'ai compris sur-le-champ que ceci était une nouvelle ressource, deux yeux qui pouvaient tout exiger. Et l'obtenir." (page 26).

Il va tenter d'améliorer les choses dans son Administration, avec la force de son intelligence, sa perspicacité. Et sa modestie.
"Les individus bornés ne voient pas le monde tel qu'il est. Ils le voient juste tel qu'ils veulent le voir. Ils ne voient pas les nuances. Le petit rien qui fait la différence.
Beaucoup, plus qu'on ne pense, croient que tout va bien. Ils se contentent des choses telles qu'elles sont. Ils ne remarquent pas les erreurs car ils sont trop paresseux pour s'extraire de l’ornière quotidienne. Ils s'imaginent qu’il leur suffit de faire de leur mieux et que tout va s'arranger.
Les gens comme ça, il faut les avertir. Leur ouvrir les yeux sur leurs échecs.
" (page 27)

Son mérite sera-t-il reconnu ? Sa carrière connaîtra-t-elle un bond prodigieux ? Se fera-t-il de bons amis parmi ses collègues ? Et qu'est-ce donc que cette pièce mystérieuse que seul notre héros semble connaître ? Est-il le seul être lucide dans cette Administration, et les autres sont-ils tous fous ? Ou bien simplement tous ligués contre lui, qui représente une menace ?

Ce bon roman a été adapté au cinéma sous le titre de Corner Office (2022), premier long-métrage de Joachim Black, avec Jon Hamm méconnaissable (il ne ressemble plus à Don Drapper), très bon. Le film reprend les mêmes éléments que le livre, dans un ordre parfois différent, avec quelques modifications (un film n'est pas un livre, bien sûr). Il m'a paru plus kafkaïen que le livre (peut-être parce qu'on voit les décors de bureau ternes, grisâtres, qui ne sont pas décrits dans le roman ?)

Bande-annonce (avec risques de divulgâchage) :

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